Pourquoi je vous raconte tout ça ?
Bonjour et bienvenue sur ce blog. Peut-être l’avez-vous ouvert par hasard. J’y partage le récit de ma vie. J’en conviens, cela peut sembler présomptueux, mais laissez-moi vous expliquer…
Pourquoi je vous raconte tout ça ?
Bonjour et bienvenue sur ce blog. Peut-être l’avez-vous ouvert par hasard. J’y partage le récit de ma vie. J’en conviens, cela peut sembler présomptueux, mais laissez-moi vous expliquer…
Je suis un homme ordinaire, bientôt octogénaire. Depuis des années, j’ai pris l’habitude de raconter à mes amis des épisodes de mon parcours, parfois en détail, parfois par bribes. Ces histoires ont souvent surpris, parfois étonné, mais toujours intéressé. Plusieurs m’ont encouragé à les mettre par écrit. J’ai essayé, pensant que mes aventures pourraient intéresser d’autres lecteurs. Mais écrire me demande du temps, et mon orthographe laisse à désirer : j’ai donc abandonné, du moins temporairement.
Aujourd’hui, je reprends la plume. Ce que je peux vous affirmer, c’est que tout ce que vous lirez ici est authentique. J’ai parfois tendance à enjoliver un peu la réalité, mais jamais au point de la trahir.
Au départ, mon ambition était simplement de coucher mes souvenirs sur le papier. Avec le temps, j’ai compris que tout ce que j’avais vécu, toutes mes expériences, heureuses ou malheureuses, étaient aussi le reflet de l’évolution de notre société. Il m’a fallu du recul pour m’en rendre compte.
Dès le début, je dois préciser : j’ai fait toute ma carrière dans le génie civil, les travaux publics, les grands chantiers. J’ai eu quelques détours, dont je reparlerai : cinq ans comme taxi, et surtout une passion de toujours pour l’aéronautique. Je suis pilote d’avion, instructeur, examinateur. Aujourd’hui, à 80 ans, je vole depuis 1970 et cumule plus de 6 000 heures de vol. Pour un pilote privé, c’est honorable.
En relatant mes aventures, j’ai pris conscience que mes échecs comme mes réussites étaient étroitement liés à l’évolution de notre société. J’ai donc repris l’écriture, ajoutant parfois des commentaires critiques, jugeant sans doute sévèrement les transformations du monde. Mais, une fois encore, j’ai laissé de côté ce projet, par manque de temps ou par paresse, et aussi parce que je ne maîtrise pas vraiment l’art d’écrire : je me contente souvent de quelques notes.
Il y a quelque temps, l’un de ces événements familiaux qui marquent une vie m’a poussé à reprendre ce travail. Ma fille aînée a fait un burn-out, malgré une brillante carrière d’ingénieure et un poste de direction. Ce terme m’était inconnu, et j’ai eu du mal à comprendre cette fragilité, compte tenu de son parcours. J’ai sans doute été un peu dur avec elle.
Les choses se sont lentement arrangées. Elle a trouvé un poste plus serein, à la tête d’une fondation, qui devrait l’amener tranquillement à la retraite. Presque au même moment, j’ai découvert que mon voisin Frédéric, lui aussi très diplômé, traducteur et universitaire, subissait lui aussi les contrecoups physiques et psychologiques de l’époque actuelle.
Depuis longtemps, je partageais avec lui des notes, des articles glanés ici ou là. Nous échangions régulièrement. Mais j’ai réalisé que, contrairement à moi qui prends la vie comme un spectateur, il en souffrait réellement. Cela m’a amené à revoir mon attitude : à mon âge, il ne suffit plus d’observer. Il faut transmettre, expliquer, agir, surtout envers les générations qui nous suivent : nos enfants, nos petits-enfants, et même, pour moi, mes arrière-petits-enfants.
Je crois qu’il est essentiel de leur donner de l’énergie, du courage, et surtout de leur montrer que les difficultés du présent ne sont pas nouvelles. Les trahisons, les escroqueries, les politiques qui racontent des histoires : tout cela a toujours existé. C’est la vie, tout simplement. L’important est d’être suffisamment armé pour y faire face.
C’est dans cet esprit que j’ai proposé à Frédéric de m’aider à rédiger ces histoires. Mon projet n’est plus seulement d’écrire un livre, mais d’ouvrir un dialogue, de montrer, à travers mon parcours, comment une société évolue, parfois dans la mauvaise direction. Pourtant, il faut continuer à avancer, à lutter, à affronter les épreuves, pour soi-même d’abord, pour nos enfants ensuite. Plus que jamais, il va falloir se battre.
Ce que je veux démontrer, c’est que notre société industrielle, commencée à la fin du XVIIIᵉ siècle avec James Watt et la machine à vapeur, a connu des progrès immenses. J’ai moi-même vu passer l’époque des fermes sans eau courante ni électricité à celle des téléphones portables devenus de véritables ordinateurs. Mais, parallèlement, j’ai vu se dégrader ce qui compte le plus : la capacité humaine à se dépasser, à construire, à fonder une famille, à faire société.
J’ai eu la chance de participer à de grands projets, dès mon premier chantier : diplômé de l’École spéciale des travaux publics, conducteur de travaux et technicien supérieur en résistance des matériaux, j’ai commencé par la construction de Phénix à Marcoule, un surgénérateur qui faisait rêver à l’énergie infinie. J’ai ensuite travaillé sur le chantier de Roissy Charles-de-Gaulle, notamment sur l’aérogare numéro 1, où j’ai pris conscience que tout n’était pas aussi simple qu’on le croit quand on débute, plein d’illusions.
J’ai enchaîné les grands chantiers, les changements d’entreprise, des aventures au Sahara, au Nigeria, des collaborations avec mon père. Plus tard, j’ai été licencié, sans ménagement, pour avoir été, sans doute, un peu trop honnête, même si j’avais connu quelques arrangements. Les dix dernières années de ma carrière ont été une aventure exceptionnelle, avec des rencontres parfois douteuses, mais souvent plus franches que celles des petits escrocs en col blanc.
Il faut savoir se battre. Quand je me suis retrouvé en difficulté, j’ai acheté un taxi. J’étais alors ancien directeur général d’une entreprise de 500 personnes à Monaco. Un client, un jour, s’étonne :
— Vous n’avez pas toujours été taxi ?
— Non, je dirigeais une entreprise à Monaco.
— C’est fou, ce matin, mon taxi était un ancien directeur du Crédit Lyonnais.
— Ce n’est pas si rare. À Nice, ils sont sept ou huit, et je les connais tous.
Je reviendrai sur cette reconversion un peu plus loin et vais donc commencer par une première histoire, puis une autre, puis d’autres encore… D’abord sur la qualité des ouvrages publics construits ces quarante-cinq dernières années. J’essaierai de montrer comment nous en sommes arrivés là.
Ce sujet n’est pas propre à la France. Partout, on parle de l’état catastrophique des infrastructures, des défaillances industrielles. Hier encore, en Inde, un Dreamliner de Boeing s’est écrasé, faisant près de 300 victimes. Tous ces événements s’inscrivent dans une logique dont il est difficile de s’extraire. Une logique qui nous conduit, hélas, au chaos — à un effondrement plus ou moins rapide mais inexorable de notre civilisation.
Malgré tout, il faut rester debout pendant le naufrage. Certains sombreront, d’autres s’en sortiront. Notre responsabilité est de donner à nos enfants et petits-enfants les moyens de traverser ces temps difficiles, de les renforcer moralement.
Voilà ce que je voulais partager en guise de préambule.
Bonne lecture !
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